La version de vous qui n'existe qu'en anglais

La version de vous qui n'existe qu'en anglais

VOUS N'IMAGINEZ PAS

Avez-vous déjà remarqué que vous semblez légèrement différent·e quand vous parlez anglais ? Plus formel·le, peut-être. Moins drôle. Plus prudent·e. Moins spontané·e. Ou peut-être — et c'est plus surprenant — plus confiant·e dans certaines situations professionnelles, comme si la distance avec votre langue maternelle créait une sorte d'armure utile.

Vous n'imaginez pas. Et vous n'êtes pas seul·e.

Des chercheurs en psychologie et en linguistique étudient ce phénomène depuis des décennies. Il a même un nom : le « foreign language effect », ou effet de la langue étrangère.

Ce que dit vraiment la recherche

Dans une étude marquante publiée en 2014 dans PLOS ONE, le psychologue Boaz Keysar et son équipe ont montré que les gens prennent des décisions différentes — et souvent plus rationnelles — lorsqu'ils réfléchissent dans une langue étrangère. La distance émotionnelle créée par la L2 (langue seconde) réduit les réactions instinctives et favorise la pensée analytique.

Mais l'effet va au-delà de la prise de décision. Les recherches du linguiste Jean-Marc Dewaele ont montré que les bilingues et multilingues rapportent systématiquement se sentir « moins émotionnels » dans leur langue étrangère. Jurer en L2 semble moins chargé. Exprimer l'amour paraît plus abstrait. Recevoir une critique semble... légèrement moins personnel.

Ce n'est pas un défaut. C'est une caractéristique — mais qu'il faut comprendre.

Trois façons dont l'anglais change votre image

  • Vous paraissez plus réservé·e que vous ne l'êtes. En français ou en espagnol, vous utiliseriez naturellement l'ironie, l'hyperbole et l'autodérision. En anglais, ces mêmes impulsions s'aplatissent souvent — vous cherchez des structures plus sûres, plus simples. Résultat : vous semblez plus sérieux·se que vous ne vous sentez.
  • Votre chaleur peut se perdre en chemin. Les locuteurs natifs de langues romanes ont tendance à être expressifs et chaleureux physiquement. L'anglais, notamment dans les contextes professionnels, fonctionne sur des codes sociaux différents. Ce qui passe pour de la franchise bienveillante en français peut être perçu comme de la brusquerie en anglais — et inversement.
  • Mais votre crédibilité peut augmenter. Voici l'autre face du miroir : de nombreux locuteurs non natifs rapportent que l'anglais leur confère une autorité professionnelle qu'ils ne ressentent pas toujours dans leur langue maternelle. La langue des affaires internationales a ses propres structures porteuses de confiance — et vous pouvez les utiliser délibérément.

Ce que cela signifie pour votre préparation au TOEIC ou au TOEFL

Comprendre ce glissement a des implications concrètes pour votre examen et pour la suite.

Dans la section Speaking du TOEFL, vous n'êtes pas seulement évalué·e sur le vocabulaire et la grammaire. On juge votre capacité à transmettre des idées clairement et naturellement. Si la « version anglaise de vous » est trop plate, trop hésitante ou trop formelle, votre score en pâtit — non pas parce que votre anglais est incorrect, mais parce que votre personnalité n'est pas passée.

Dans les interactions TOEIC (et dans la communication professionnelle réelle), c'est la même chose. Un·e collègue qui sonne robotique dans ses e-mails ou guindé·e en réunion aura du mal à instaurer la confiance, quel que soit son score.

L'objectif n'est pas de devenir quelqu'un d'autre en anglais. C'est de vous transporter vous-même — avec toute votre intelligence, votre humour et votre chaleur — dans un autre véhicule linguistique.

Trois façons concrètes de retrouver votre personnalité en anglais

  • Cherchez vos expressions équivalentes, pas des traductions littérales. N'essayez pas de traduire vos blagues ou vos expressions mot pour mot — elles tomberont à plat. Cherchez plutôt des formulations anglaises qui portent un sentiment similaire. L'objectif est l'équivalence émotionnelle, pas la précision linguistique.
  • Parlez plus, écrivez moins — au début. Écrire dans une langue étrangère encourage souvent la sur-correction et l'autocensure. Parler, même maladroitement au début, vous force à rester dans votre rythme naturel. Podcasts, exercices de shadowing, mémos vocaux — tout cela vous aide à retrouver votre moi expressif en anglais.
  • Considérez votre accent et vos hésitations comme faisant partie de vous. Les recherches montrent systématiquement que les auditeurs trouvent les accents non natifs intéressants et dignes de confiance — quand le locuteur les assume avec assurance. La version de vous qui existe en anglais n'est pas moindre. Elle est simplement plus récente. Donnez-lui le temps.

La vision d'ensemble

Chaque langue que vous parlez est une fenêtre sur une version différente de vous-même. La version anglophone n'est pas une copie appauvrie de la version française, espagnole ou arabe. C'est un prolongement de qui vous êtes — façonné par les mots disponibles dans cette langue, les contextes dans lesquels vous l'utilisez, et la confiance que vous avez construite au fil du temps.

Votre score au TOEIC ou au TOEFL est un point de départ. Le vrai travail — et la vraie récompense — consiste à apprendre à vous sentir chez vous dans cet autre moi.

Source : Keysar, B. et al. (2014). The Foreign-Language Effect. PLOS ONE. Dewaele, J-M. (2010). Emotions in Multiple Languages. Palgrave Macmillan.